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    Index > Liste des articles > PC > A la poursuite de Carmen Sandiego
 

 
 
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Editeur Brøderbund Software
Développeur Brøderbund Software
Année 1990
Genre enquête/éducatif
Autres supports Apple II (1985), C64, Amiga, CPC, SMS, MD, SNES...

 
 
 
 

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A la poursuite de Carmen Sandiego
Par Milcham le 13/08/2006




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   Si vous avez tâté de vieux ordinateurs du genre de l'Apple II, alors vous connaissez probablement Brøderbund Software, Inc. Ce nom à consonance plus ou moins scandinave cache en fait la boîte des frangins américains Carlston, fondée en 1980 pour permettre la commercialisation du fameux Galactic Empire qu'ils avaient programmé l'année précédente. Brøderbund s'est en effet rendue responsable de pas mal de jeux sur ordinateurs Tandy, C64, Apple II et compatibles IBM. C'est aujourd'hui la version PC en EGA d'un soft initialement sorti sur Apple II qui se taille l'affiche ici, le bien fameux "Where in the world is Carmen Sandiego ?" - ce qui, chez nous, donne "A la poursuite de Carmen Sandiego dans le monde". Pensez à souffler. Carmen Sandiego, donc, est un concept des frères Carlston, qui ont débauché des anciens de chez Disney afin d'imaginer toute une série de jeux éducatifs, visant à améliorer tantôt les notions de géo, d'histoire et de linguistique de nos chères têtes blondes. Brøderbund a remporté un tel succès avec ses jeux qu'un show télé a rapidement vu le jour, dont la plupart d'entre vous doivent se souvenir. Carmen est une brillante jeune femme, ex-Interpol devenue grande voleuse internationale à la tête de sa propre organisation criminelle, le bien-nommé M.A.L. Vous, vous êtes encore un bleu à Interpol. Votre mission si vous l'acceptez : traquer Carmen et ses comparses de par le monde. C'est parti pour une série d'enquêtes, dont l'une d'elles est ici retranscrite en intégralité sous la plume du génial inspecteur Capuccino. Go.


   Je fends la brume familière d'une matinée dans cette vieille cabotière qu'on appelle Londres. Le lundi est ce jour haï de tous qui trouve le moyen de revenir chaque semaine, invariablement, pour taner quelques milliards de types déboussolés dans mon genre. La veille encore à cette heure-ci, les pubs mettaient dehors leur clientèle qui, trop ivre pour ne vomir que dans le caniveau, inaugurait le pop-art sur les trottoirs londoniens ; c'était bien la peine que les Anglais les inventent. Le rituel du lundi en revanche, ce sont les businessmen costard-cravate, tasse à la main, côtoyant les ivrognes qu'ils ignorent royalement, plongés qu'ils sont dans la lecture du Times.

   Il est 7h12 lorsque je pénètre dans les bureaux passés de mode syle seventies du S.R.B.I. Près d'un quart d'heure de retard - c'est aussi ça, le rituel du lundi. Les jeunots sevrés à Starsky et Hutch savent bien me reprocher ce quart d'heure de répit par leurs regards assassins. Comment leur en vouloir ? Quand ils auront 30 balais de routine dans le train et le passif d'un mec comme moi, Chuck C. Capuccino, ils sauront bien me le rendre. Je me brûle une cancéreuse en m'asseyant à mon bureau, ce qui suffit à réveiller mon arthrite. Les toubibs me préconisent un rythme de vie plus sain, ce à quoi je réponds par un opinement machinal du chef, cigarillo à la main. Tous ces fantoches de bureau peuvent bien aller se faire plumer : je mourrai en guerrier, d'une balle dans la nuque ou ailleurs.



   Or je la tiens, mon heure ! Un dossier posé sur mon bureau m'apprend que ces hauts messieurs du S.R.B.I m'ont désigné pour prendre le taureau par les cornes... avec des moufles. Ah, Carmen Sandiego... la femme la plus remarquable que j'ai pu rencontrer. Les années passées avec elle pour partenaire à courir le monde pour Interpol constituent l'apogée de mon existence, le saut de l'ange avant le grand plongeon vers les abysses de ma routine. Un esprit pointu, hardi et généreux. Des seins de même. Carmen a choisi un chemin un peu différent du mien, celui du crime international. C'est peut-être elle qui a fait le bon choix.

   Passons. Si je pense à ça encore longtemps je m'en colle une dans le creux de la mâchoire. Aujourd'hui, un comparse du M.A.L. a subtilisé un ancien calendrier aztèque dans un musée mexicain. Le genre de machins dont tout le monde se fout, sinon les quelques milliardaires capricieux que Carmen sait si bien approcher. Pas de temps à perdre, j'ai jusqu'à dimanche, 17h pour tirer ça au clair. Le temps d'enfiler un imper et me voilà dans le premier avion pour Mexico. Carmen, ma belle : à nous deux.


   Le voyage me laisse le temps de potasser mes dossiers, et je sais d'ores et déjà que l'homme que je cherche figure parmi ces cinq noms : Grichka Tastroff, Marco Choenais, Yvan Désinfaux, Rémi Fassaule et Edouard Zémétier. On a de l'humour au sein du M.A.L., non ? Quoiqu'il en soit je dispose de peu de temps pour fixer l'identité du coupable et faire publier un mandat d'arrêt à son encontre. Sans mandat c'est la fin des haricots, alors au boulot. Le guide du Routard coincé dans le dossier du siège de devant entre un catalogue pour piscines en kit et le sac anti-nausées m'apprend la chose suivante : "Plus de quinze millions de personnes vivent dans l'agglomération de Mexico et de ses banlieues. Un des sommets mexicains les plus connus est le Popocatepelt". Formidable, je me coucherai moins con ce soir !
   9 heures du matin : l'avion atterrit à Mexico. Je sais, on est trop rapides à Interpol - et encore on a fait un détour par Vladivostok pour saluer la tantine de Drago, le copilote.


   Laissant place à l'instinct du vieux flic qui a flairé sa proie, je prends un taxi illico presto, direction le Hilton de la ville. Son directeur, le type roublard fini avec son beau costard rayé, me met sur la piste de mon voleur. Le Raffles Hotel ? Impossible d'en tirer autre chose, parler de la concurrence n'est pas dans ses habitudes et je ne suis pas d'humeur. Retour à l'aéroport : un bagagiste, "convaincu" par les biftons que je lui tends, m'assure avoir vu mon salaud, un grand bonhomme patibulaire du tout aux cheveux noirs, partir dans un avion orné d'un drapeau rouge et blanc. Je bénis le-dit sous-fifre, quoique l'expérience m'a appris à me méfier des ragots de mexicains. Un grand voleur comme le mien, ça brasse énormément de liquide, d'où un inévitable détour au marché de la bourse non loin de là. Les gens s'y pressent, on y boursicote, on y achète, on y vend, on y perd, on y fait dans son froc et on s'y pend, souvent dans la même journée. Je parviens tout de même à mettre la main sur un colporteur surexcité qui, entre deux poignées de mains avec quelque salaryman asiatique ou arabe, m'annonce sans plus d'explications, dans son esperanto pas extra, que mon homme a changé son argent en Dollars.


   Retour à l'aéroport, il est 18h passées. Je consulte les départs dans les créneaux horaires que je suppose être ceux de mon homme. Et merde, ce serait trop facile s'il s'était payé une excursion aux Etats-Unis. A la description du drapeau et le fameux hôtel local, je pense pourtant pouvoir situer la destination du saligaud... et c'est parti pour Singapour ! Pas le temps de chômer, je m'endors dans le jet dépêché par la police des polices.


   Mardi, 9 heures : j'en sors la tête dans le pâté - pour ne pas dire ailleurs, les poches pleines de Dollars, puisque c'est ici la monnaie d'usage. Singapour, gigantesque hub pour tous les coins à fric des Dragons d'Asie, brasse toutes les langues, toutes les devises du monde. Le luxe de son aéroport me fascine. "Situé presque à l'équateur en Asie du Sud-Est, Singapour se compose d'une grande île et de 40 îles plus petites". Je flaire un nouveau larcin et me dirige fissa vers le plus gros musée du bled. Tout n'est que gratte-ciels et constructions imposantes : Singapour est l'une de ces nouvelles fortunes mondiales, et découvre le lot quotidien de toutes les grandes capitales : les BOUCHONS. 11 heures enfin, j'arrive au musée, juste à temps pour surprendre un comparse du M.A.L. ! J'en suis désormais sûr : mon salopard est bel et bien à Singapour, ou y a du moins séjourné. Le type vu à l'instant est peut-être justement l'homme que je cherche ! Je trouve le conservateur du musée, un intello à noeud pap' propre sur lui, totalement bouleversé à l'idée qu'une organisation criminelle puisse s'intéresser à son bébé. A l'entendre, le malfrat s'intéressait aux sculptures Tutsi.


   J'en sais déjà assez pour partir de suite pour le Rwanda et reprends la route du gigantesque aéroport. Il est 14 heures, j'engouffre un burger défloré au Macdo local. A la crevette. J'engage la conversation avec un pilote américain. J'ai souvent pu le constater : l'espèce d'anglais dégueulasse des Yankees devient salutaire pour une oreille d'Oxford comme la mienne dès lors qu'on se paume à l'étranger. Celui-ci, futé et de bonne éducation, a le mérite de ne pas trop massacrer la langue de Shakespeare, mais n'a rien d'intéressant à m'apprendre, sinon la recette de paëlla de sa grand-tante. Ah, si, il pense bien avoir vu un grand brun sinistre prendre un avion orné d'un drapeau rouge, jaune et vert. Nécessairement calé dans le domaine, il ne tarde pas à me confirmer que ça coïncide avec les couleurs rwandaises. En voiture Ginette, et merci pour la paëlla.

   Mardi, 21 heures : je pose le pied à Kigali, "la capitale du Rwanda, dont la jungle touffue abrite l'espèce des gorilles de montagne, en voie d'extinction". Là encore, merci le Routard ! L'aéroport est, disons, bien plus "local" que Singapour. En réalité c'est la cambrousse. J'esquisse un sourire d'amertume en me disant qu'au moment où cette enquête est conduite, personne ne connaît vraiment le Rwanda, et qu'il faudra un génocide dans quelques années pour que l'on prenne conscience du drame qui s'y joue et de l'incompétence chronique de l'ONU. Pas la peine de m'y éterniser. Heureuse coïncidence si je puis dire, j'aperçois le même type qu'au musée de Singapour filer en douce ! En l'absence de preuves valables contre celui que je pense effectivement n'être qu'un complice dans l'affaire, je tire un trait sur les méthodes de filature académiques. L'abruti en question me facilite la tâche en s'isolant dans les toilettes des hommes, un alignement de chiottes à la turque d'une effroyable saleté. Pas la peine de lui faire de charme, j'adopte la méthode de drague express, lui colle un gauche dans le nez, un bon uppercut. Je le relève, lui fais rendre d'un coup de genou son dîner dans le gogue du fond. Je lui plonge le nez dedans, tire la chasse et le fais parler.
"Marco... Marco a parlé d'efcalader l'Evereft, au Népal, ve... cough - ve t'affure que v'en fais pas pluf, mon poulet."


   Je n'en tirerai rien de plus. J'imagine la tuile qui lui tombera sur le pif lorsqu'un chirurgien-dentiste lui informera du prix à payer pour les couronnes et pontages qu'il lui faut désormais ; un état de fait suffisamment amusant pour lui pardonner la familiarité du poulet. A vrai dire, j'ai été moins convaincu par la tirade de l'abricot. Le laissant ramasser ses dents dans le subtile mélange de miasme et de vomi des toilettes de Kigali, j'emprunte le premier avion pour Katmandou : mercredi, 11h.


   J'ai 6 heures d'avion devant moi ; le temps passe et je piétine. Je sais désormais que mon coupable est Marco Choenais, mais sans preuves suffisantes pour l'identifier, je ne décrocherai jamais de mandat d'arrêt. Il est temps de prendre les choses en main, et cela pourrait s'avérer assez agréable puisqu'une délicieuse hôtesse, blonde fruitée 25 ans d'âge, m'amène un de ces repas infâmement poudreux qu'on n'oserait pas vous offrir ailleurs que dans un avion - à la rigueur dans une navette Soyouz, puisqu'à tous les coups c'est du lyophilisé. Voyons ma jolie, aujourd'hui je déjeune bien mieux en "classe à fesses". Elle m'invite à la suivre d'un regard à mesure que je m'extirpe des bourrelets du businessman obèse qui occupe le siège d'à côté. Nous voilà enfermés dans les cabinets lilliputiens de l'avion. La jeune femme s'appelle Pandore, et je suis bien décidé à ouvrir sa boîte. On ne s'encombre guère de protocole préliminaire dans les toilettes d'un 747 lancé à 900 km/h à 12 kilomètres d'altitude. Tant et si bien qu'au bout de quelques minutes d'efforts la mignonne grimpe au septième ciel et toque toque toque à la porte du paradis sur fond des Quatre Saisons. La belle affaire.

"Voyagez-vous régulièrement sur cette ligne, Pandore ?
- Oui... ! Dernièrement, oui... oh, monsieur Capuccino, vous êtes si...
- ...Je sais, appelez-moi Alain Delon. Passons. Un grand brun typé genre truand italien, ça vous parle ?
- Ah ! Oui, pour sûr, monsieur Capuccino. Il a fait le voyage Kigali-Katmandou dans la journée d'hier. Lui aussi a fait un tour dans ces toilettes - beau mâle, ouiouiouiii ! Les bijoux qu'il portait achevaient de lui donner des airs de dandy patenté."


   J'en sais assez. Je range le fauve, et à la question "ça vous dérange si je fume ?", réponds machinalement par un "tu peux même brûler". Mon grand con de voleur est donc bel et bien Marco Choenais, et j'ai un jour de retard sur lui. Le bon point c'est qu'il ne semble pas se douter qu'il est filé ; j'ai encore toutes les cartes en main. Tandis que je réajuste ma cravate qui pue le tabac, l'hôtesse m'assène un glacial "Monsieur Capuccino, désirez-vous un café ?" : sa pause-déjeuner est bel et bien finie. C'est aussi bien.

   Mercredi, 17 heures : Katmandou. Pas le temps de chômer, je me dirige à la douane, sors ma carte de superflic d'un geste élancé en lançant le classique "Je suis de la maison, les gars". Pas de pot, ça ne marche que dans les films, à Katmandou, même quand on est douanier, on ne pige pas un mot d'anglais. On fait venir un interprète qui clarifie la situation et je finis par envoyer un fax à mes supérieurs, qui me procurent dans le quart d'heure un mandat d'arrêt en bonne et due forme. Yeeha, rock babe ! De bonne humeur, je me taille de chez ces sagouins, l'intro de Voodoo Child en tête.

   Il est pourtant 19 heures et je ne suis pas bien avancé, les douaniers n'ayant pas été fichus de me renseigner correctement. Ils "croient" pouvoir me dire que j'ai raté de peu un type correspondant à ma description, qui a pris un avion au drapeau "rouge, blanc, bleu". Y avait-il seulement du bleu ? Je consulte précipitamment la liste des avions au départ en fin d'après-midi et en trouve très justement un à destination de la Thaïlande, dont le drapeau correspond à ma description. Bangkok n'est pas très loin à vol d'oiseau et c'est l'affaire de quelques heures. Je cours et plonge dans l'avion suivant, l'occasion d'honorer de ma virilité une autre hôtesse. Tout l'avion en tremble, on croit à des turbulences aériennes.


   Jeudi, 13 heures, Bangkok : rien de pertinent. J'enfile tout de même un sandwich à la crevette (mais qu'est-ce qu'ils ont avec la crevette ?!) sans aucun goût en feuilletant un guide touristique. "Bangkok, capitale de la Thaïlande, est une ville animée, parcourue de canaux, et ponctuée de temples appelés wats". Ouais, ça me fait une belle jambe. Personne ici n'étant capable de me renseigner - pas même mes vieux indic's de l'époque - je dois me rendre à l'évidence : j'ai commis une grosse erreur. Mon instinct de loup m'a lâché et j'ai foncé tête baissée sans prendre le temps de l'analyse. L'idée qu'un Ronin comme moi ait pu jouer son bleu couche-culotte m'est intolérable et, pire que tout, le temps m'est compté. A 17 heures, je reprends l'avion vers Katmandou. Un bon Havane et une session rituelle dans les toilettes de l'avion avec l'hôtesse de la veille suffisent à me rendre vie.


   19 heures, retour à Katmandou. Je gueule un bon coup à la douane, file quelques mandales, évite quelques coups de pied, décoche quelques coups de tête, deux ou trois german supplex, emballez c'est pesé. L'avion que je cherchais n'était pas orné de bleu : il s'agissait d'un vol sans escale pour le Pérou. Non, ce n'est pas une mauvaise blague, Marco a bel et bien décroché le Pérou, ce pays sur la Cordillière des Andes au drapeau... rouge et blanc. Je m'envole vers Lima, qui "est sa capitale ainsi que sa plus grande ville. Un des monuments les plus connus de la cité est le palais de l'archevêché, qui rappelle le passé colonial du Pérou". Vous remercierez le Père Castor pour moi. Le Pérou, pour moi, c'est le Macchu Pichu. Je me souviens encore de ces quelques minutes comme suspendues dans le temps qui nous y avaient opposés, Carmen, Tony Stark et moi, à la garde rapprochée de Raz-Al Gul. Bon Dieu, c'était immense, épique, j'en tremblais d'excitation !


   Vendredi, 8 heures : après un voyage effroyablement morne (il n'y avait à bord que des stewarts), je pose enfin le pied à Lima. Le flair de l'inspecteur se remet en marche et je file fissa au musée, guidé par les indications des gamins vendeurs de bibelots. Bingo ! J'y aperçois un bonhomme pas franchement du genre courtois s'échapper avec des figurines incas sous le bras. Le type se fond dans la foule et m'échappe, mais le conservateur, lui, est dans tous ses états. C'est justement l'anxieux du mardi de Singapour, venu prendre une place qui se libérait à Lima ! Le pauvre vieux, c'en est trop pour ses nerfs. De fil en aiguille, en discutant tant bien que mal avec sa tignasse grise avant l'heure, j'en viens à restituer le profil des types qui sont venus le voir. C'est très précisément Marco Choenais qui a préparé le terrain pour le gorille d'aujourd'hui. Il était passé la veille et a dit "qu'il projetait de travailler dans un élevage de vers à soie".

   Si Choenais avait ainsi préparé le vol, on en déduit logiquement qu'il a décollé dans la soirée, de sorte qu'on ne puisse pas l'impliquer dans l'enquête. Disparu dans la nature ? Pas tout à fait, le bougre ! De retour à l'aéroport, je devine qu'il a sauté dans le premier avion pour Pékin. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, je récupère un billet en aller-simple pour la "Capitale du Nord" des Mandarins, cette fameuse cité impériale de Beijing. La Chine est toujours fascinante, encore que les portraits de Mao placardés ici et là font un peu le même effet que de regarder un film rose sur Canal + en crypté. "Avec plus d'un milliard d'habitants, la République Populaire de Chine est le pays le plus peuplé au monde".


   Vendredi, 17 heures : je pose pied à Pékin, dans un aéroport ceinturé de militaires sans un poil de nez qui dépasse. Tout y est contrôlé, on vous invite à prendre un guide. J'obtiens d'aller faire un tour à l'ambassade britannique de la ville, qui m'apprend avoir eu vent d'un truand italien parti en toute hâte à bord d'un avion orné d'un drapeau vert, blanc et rouge. "Bon Dieu !" - je vire du blanc au mauve, du mauve au rouge, et énumère une liste d'interjections toutes aussi désagréables à l'égard de ma mère que du petit Jésus. "Le calendrier n'a jamais bougé du Mexique !"


   Samedi, 11 heures : Retour à la case départ. Marco m'a balladé depuis le début, volontairement ou non. N'ayant pas pu dépêcher un jet privé, j'ai dû prendre mon mal en patience, au risque de voir encore mon salopard me glisser entre les doigts. Je me redirige en direction du musée, dans l'idée d'y trouver des indices qui auraient pu m'y échapper. Le Mexique est déjà un petit monde où les planques ne manquent pas. En effet, "grand comme trois fois la France, il comporte des régions diversifiées : montagnes escarpées, déserts, plaines tropicales". Je lève les yeux de mon guide touristique - juste à temps pour éviter un couteau qui vient se planter dans le mur, juste devant ma tête. La faucheuse ne m'aura pas cette fois, et je ne risquais rien. Ce n'était qu'une mise en garde. Il en faudra plus pour m'impressionner, mon grand. J'interpelle le gardien du musée, livide.
"Tout ce que je peux vous dire, c'est de faire gaffe !"


   S'il parle, sa tête tombe et j'en ai conscience. Je rejoins la cabine téléphonique la plus proche et me hâte d'appeler Tuco, mon indicateur le plus fidèle dans cette ville de roublards qu'est Mexico. Tuco doit se savoir sur écoute dans une municipalité de corrompus, et m'adresse un message codé que je déchiffre sans trop de mal :
"Tu vois Blondin, le monde se divise en deux catégories. Il y a ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui lisent. Toi, tu lis."


   Sacré Tuco ! Je fonce à la Bibliothèque, à l'autre bout de la ville. Il est 13 heures quand j'arrive en vue de l'édifice massif, décrépi et noirci par les gaz d'échappement qui sert de temple de la Culture dans cette gigantesque fourmilière polluée. Et je danse. Les coups de feu fusent dans ma direction ; le temps de me mettre à couvert, j'en ai une dans la cuisse gauche. Je me fais vieux, je pèche par prudence - c'est pourtant pas le moment !

   Je sors mon flingue et canarde le grand gaillard à chapeau entre les colonnes du hall d'entrée en criant d'une voix rauque :
"Rends-toi, Marco, tu as perdu cette partie. Tu es un homme fini, n'aggrave pas encore ton cas !
- Me ne frego, Capuccino : t'es pas prêt de m'avoir ! Dans 4h, j'aurai quitté le pays avec le Calendrier. Ciao !"


   Alors même que mon dandy se fait la malle, je me démène avec la douleur aigüe qui me paralyse toute la cuisse. C'est fini. Je suis un vieux con usé qui n'a pas su faire face. Cette fois, je suis bon pour la retraite.

"Voilà le suspect !"
   Le cri, tel une alarme, me désembrume. C'est la cavalerie ! Mon vieux copain Jim Gordon sait toujours tomber à pic, et cette fois il est venu accompagné ! L'escouade de flics s'élance à la poursuite de Marco. Dans une ville aux rues si engorgées que le gros des effectifs de la police fait de la circulation du matin au soir, offrir à la meute un criminel sur un plateau d'argent est inespéré.
"On dirait bien que cette fois, tu n'aurais rien pu faire sans moi, Chuck.
- Ca va, Jim, ça va. Je pisse le sang, fais venir un médecin, par pitié. En mémoire de nos vingt ans."




   A l'heure à laquelle j'écris ces lignes, je suis de retour à Londres. Il y fait un temps dégueulasse, c'est-à-dire magnifique selon la perception anglaise. Marco Choenais a été arrêté par la police mexicaine, le calendrier aztèque retrouvé, la population heureuse m'a offert des fleurs qui ont fini dans la poubelle de l'aéroport... bref tout rentre dans l'ordre. A l'exception d'une lettre qui m'a été adressée aujourd'hui-même. C'est Carmen. Elle me donne rendez-vous au Macchu Pichu dans une semaine pour en finir. Et m'interdit de venir accompagné. Je n'en ai plus pour très longtemps, autant en finir en beauté. Le crabe qui me ronge les poumons mettra probablement plus de temps à achever son ouvrage que Carmen à m'en coller une dans le coeur. C'est mieux comme ça.

<position=centrebb>A suivre...



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