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    Index > Liste des articles > MSX2 > The Treasure of Usas
 

 
 
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Editeur Konami
Développeur Konami
Année 1987
Genre plate-forme / aventure

 
 
 
 

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The Treasure of Usas
Par Milcham le 04/09/2009




En une date indéterminée de mes années de collège, peu avant le nouveau millénaire, tandis que l'ADSL était encore une technologie futuriste pour les riches, un ami me fit découvrir un truc qu'alors je n'aurais jamais soupçonné. En cette époque où l'hégémonie de la Playstation était telle que même une Dreamcast plus puissante et bon marché n'y pouvait rien, ce camarade chez qui nous devisions de notre loisir de prédilection me lâcha alors laconiquement : "la PSX n'est pas la première machine de jeux vidéo de Sony, tu sais".


Qu'est-ce qu'il voulait dire ? Le parcours vidéoludique de mon frangin avait été jusqu'alors assez chargé, et le mien aussi par la même occasion. Je pensais de ce fait avoir une connaissance vague mais générale sur les jeux vidéo ; et la PlayStation, c'était bien connu, était la première console du constructeur japonais, conçue pour engloutir le marché jusqu'alors tenu pour l'essentiel par Nintendo et Sega. Devant ma mine circonspecte, il s'en alla ramener de son grenier cette étrange bestiole qui, à moi, me faisait penser au vieux CPC6128 rangé quelque part chez mon père, à ceci près qu'elle avait dans le coin de son clavier ce logo si commun, si reconnaissable : "SONY". Il m'expliqua alors que cet ordinateur était une vieille machine de jeux sur laquelle, par un quelconque concours de circonstance, il avait été amené à s'user les pouces étant bambin, sans doute que son père ou qu'un quelconque cousin eussent alors craqué pour elle. La bête accusait son âge, le clavier était usé, mais le reste fonctionnait et c'était bien le principal.

Cet ordinateur, me dit-il, c'était "une MSX". Il en avait déduit que le fameux surnom de la PlayStation, la "PSX", devait faire référence à cet ancêtre direct. Il avait sous la main quelques jeux et, vicelard, s'employa à me jouer un drôle de tour en bootant une cartouche que, disait-il, "je reconnaîtrais vite".


La bête


Un air de déjà vu...

"!"

C'était bien vrai ! Je pouvais reconnaître ce jeu-là entre mille, quand bien même la machine voulait me tromper en affichant le titre "Vampire Killer". Ce jeu c'était Castlevania, évidemment, d'ailleurs même l'illustration de la cartouche était identique. Mon ami m'avoua qu'il ne savait pas tout à fait à quoi s'en tenir, mais que ce devait être, supposait-il, le premier jeu de la série, ce sur quoi il conclut son exposé en lançant son "jeu préféré", en fait un jeu de tableaux qui me fit assez forte impression avec sa bonne bouille et son ambiance originale. On y incarnait un aventurier dans des ruines indiennes parées de statues en or (et non ce n'était pas Rick Dangerous !). La jouabilité semblait efficace, la musique était entraînante et c'était accessoirement bien plus joli que la plupart des autres jeux qu'il m'avait montrés ce jour-là. Je restai pourtant des années sans connaître son nom ni, à vrai dire, y repenser franchement.


Bien plus tard, lorsque l'ADSL était devenu non seulement une technologie commune, mais encore un formidable outil de recherche pour le "retrogamer" nouveau que j'étais, je finis par retrouver la trace de ces fameux ordinateurs MSX et j'appris leur véritable histoire. Je me mis à les appeler au masculin (eh oui !) et découvris du même coup que le MSX2 Sony que j'avais pu toucher n'était qu'un modèle parmi d'autres, Casio, Philips, Canon, Sanyo, etc., et j'appris même ce que voulait vraiment dire le sigle "MSX". Et quand vint le moment de farfouiller dans la ludothèque du standard MSX, mon premier réflexe ne fut pas, contrairement à beaucoup d'autres, de découvrir combien de séries avaient plus ou moins directement débuté sur MSX. Non, moi je cherchai – et trouvai – ce fameux jeu aux statues hindoues en or. J'appris alors son nom, que je n'oubliai plus : Usas (prononcer "Ushas" !). Et désormais, s'il vous était jusqu'alors inconnu, c'est à vous de ne pas l'oublier.

C'est que si Usas est un classique de la ludothèque Konami sur MSX2 (ce qui est déjà un pléonasme) pour ceux qui ont possédé cette machine, le monde du retrogaming est ainsi fait que la plupart des gens ne retiennent l'existence que de ces jeux qui, eux, sont depuis devenus des séries à succès : Metal Gear, mais aussi Parodius, Goemon, ou même ce Vampire Killer dont les altérations par rapport à la version originale sur NES préfiguraient certaines orientations du second épisode canon. Usas n'a peut-être pas eu leur postérité mais mérite largement de lui voir consacrées quelques lignes, car enfin on est archéologue ou on ne l'est pas.



The Treasure of Usas, car tel est son nom complet, est un jeu MSX2 sorti sur cartouche megaROM en 1987. Il a été distribué en Europe et traduit, ce qui nous permet de lever le voile sur l'histoire du jeu, rapportée par des cutscenes entre chaque monde qui font beaucoup penser à Rick Dangerous (il ne sortira que deux ans plus tard). Le manuel du jeu explique en effet que la déesse védique Usas a été bannie par le dieu Induras et son trésor confisqué et éparpillé aux quatre coins de l'Inde. Un certain professeur Atley prétend néanmoins être sur la piste du trésor d'Usas, et deux archéologues américains, Wit et Cles, partent explorer les ruines qu'il a découvertes. Il est dit en effet que si les quatre fragments du trésor sont réunis, quelque chose de bon se produira. En gros. Et devinez qui vous incarnez ? Wit et Cles.

Oui, les deux.

Usas se présente comme un jeu de tableaux très proche dans sa structure de Vampire Killer, sorti quelque temps avant. Dans ce dernier, et c'était là ce qui le différenciait de Castlevania sur NES, il fallait arpenter dix-huit niveaux composés chacun de plusieurs tableaux fixes. Les développeurs entendaient ainsi pallier aux problèmes de scrolling inévitables sur un hardware encore mal maîtrisé ; mais pour que le jeu ne fasse pas office de version au rabais, l'accent avait été mis sur l'exploration. Un certain nombre d'upgrades inédites (bouclier, ailes, bottes de sept lieues…) parsemaient en effet les niveaux et l'on ne passait au niveau suivant que si l'on avait trouvé la clé de la dernière porte, invariablement scellée. Tous les trois niveaux, une bataille contre un boss venait matérialiser la progression.


Vampire Killer (MSX2)

Peu avant Usas sortait sur MSX1 un autre jeu comparable, The Maze of Galious, la "suite" du classique Knightmare. Celui-ci était néanmoins conçu comme une réponse au premier Zelda et adoptait ainsi un aspect A-RPG tout en surenchère : on visitait un seul et immense château et en lieu et place de la petite dizaine d'objets du jeu de Nintendo, celui-ci en comptait… une cinquantaine !


The Maze of Galious (MSX1) - King's Valley 2 (MSX2)

Le principe d'Usas est similaire mais nettement simplifié, réduisant le nombre d'items à un strict minimum. Le jeu compte cinq ruines. Chacune se présente en surface comme une suite de cinq portes, dont la dernière est scellée. Les quatre premières portes mènent à autant de niveaux, faisables dans un ordre laissé au choix du joueur et qui renferment chacun une clé. Ce n'est qu'en possession de ces quatre clés que l'on peut ouvrir la cinquième porte, qui mène directement au gardien de la ruine. Le joueur est amené à assimiler progressivement trois concepts fondamentaux :

1 - Wit & Cles, rangers du risque
C'était déjà une idée introduite dans The Maze of Galious : on n'incarne non pas un, mais deux personnages, ce qui revient à choisir, à l'entrée de chaque niveau, lequel on souhaite utiliser. Evidemment chacun a ses capacités propres : Wit, le grand rouge, est armé d'un pistolet, mais perd en puissance ce qu'il gagne en portée. Par ailleurs il saute plus haut. Cles, le petit bleu, est plutôt un adepte de savate. Ses coups de pied sont puissants mais ne fonctionnent bien sûr qu'au contact. Surtout, Cles est bien plus rapide que son ami. La plupart des niveaux semblent plutôt conçus pour un personnage spécifique, et plus tard dans le jeu il arrive même d'être purement et simplement bloqué avec un personnage et de devoir faire demi-tour pour passer la main.


2 - Pilleurs de tombes

Une pression sur la touche F1 ouvre un menu qui fait aussi office de pause (accompagnée du fameux petit jingle récurrent des productions Konami). Celui-ci présente les caractéristiques des deux personnages : barre de vie, vitesse et saut. C'est là que l'argent glané dans les niveaux trouve son utilité : il est possible de le dépenser pour regagner des points de vie – c'est même le seul moyen de le faire – ou pour améliorer les deux autres caractéristiques. Attention néanmoins : si vous ouvrez ce menu dans un niveau, vous ne pourrez améliorer que le personnage en cours d'utilisation et il faudra alors en ressortir si vous souhaitez partager votre butin entre les deux persos. La valeur des pièces est indiquée sur chacune : I, V, X (bien plus rarement cent). Si la plupart des pièces glanées sur un écran le sont pour de bon, certaines réapparaissent systématiquement en passant d'un écran à l'autre, un bon moyen de faire de l'argent rapidement.


Le menu (F1) - Wit encourage Cles qui se porte volontaire pour explorer ce niveau

3 - Jean qui rit, Jean qui pleure
Enfin l'idée la plus originale du jeu consiste en un système d'humeurs. L'interface en haut de l'écran affiche en effet 4 kanji représentant respectivement joie, colère, tristesse, tranquillité. Dans les niveaux sont parsemées des icônes à leur effigie qui, si le personnage les récupère, le font adopter l'humeur correspondante. Chaque humeur se manifeste graphiquement et influe sur les compétences des personnages. Il n'est toutefois pas question de se caler sur l'humeur la plus avantageuse et de n'en plus changer : la dernière salle de chaque niveau, qui contient la clé et (accessoirement hein) un boss, est scellée par une porte ornée de l'un des quatre kanji. Elle ne s'ouvre qu'à celui qui arbore l'humeur correspondante. Pour corser le tout, ajoutons que le bon kanji est parfois difficile à trouver et que le cheminement jusqu'à lui nécessite parfois d'en employer d'autres.

On pense au départ que cela occasionnera moult allers et retours rébarbatifs, toutefois le premier niveau de chaque monde demande toujours d'être joyeux, le second d'être en colère et ainsi de suite. Les boss, qui se répètent dans chaque monde, répondent d'ailleurs eux aussi à ce schéma. Par exemple le boss du troisième niveau, placé sous le signe de la tristesse, est un gros bébé dragon qui tente sans arrêt de grimper au plafond mais finit toujours par tomber et pleure à chaudes larmes, qui sont autant de projectiles à esquiver. Rapidement le joueur est ainsi amené à improviser sa propre stratégie. Pensez en effet à Indiana Jones : lorsqu'il récupère un artefact au fond d'un vieux temple, tout autour de lui s'écroule, c'est la règle. Ce doit aussi être le cas ici parce que les niveaux que l'on a terminés ne peuvent être refaits. Ainsi si le joueur souhaite, par exemple, combattre le boss de la ruine en cours avec Cles en humeur colérique, il pourra très bien décider soit de faire les niveaux dans le désordre, soit de faire les troisième et quatrième niveaux avec Wit, soit de miser sur la chance et d'espérer trouver un kanji "colère" dans ces derniers.


Et si comme moi vous avez tendance à oublier les premières fois le sens de chaque kanji, les programmeurs néerlandais de Delta Soft – des vétérans qui officient sur la scène MSX depuis 1988 ! – ont mis à disposition sur leur site web une version hackée d'Usas qui remplace ces quatre kanji par quatre icônes plus facilement reconnaissables. Elle peut être récupérée en cliquant sur ce lien ou sur celui en bas de page. Comme vous pouvez le voir sur les captures d'écran qui émaillent cette page, c'est la solution que j'ai retenue. Les choses ainsi posées, voici le détail des spécificités de chacune des quatre humeurs du jeu. Sont figurés à la fois les kanji et les icônes qui les remplacent dans le hack "Usas Alternatief", histoire que tout le monde s'y retrouve :


1 - Joie
Capacité Wit : il tire dans trois directions et peut faire un double-saut (essentiel !)
Capacité Cles : il projette son esprit devant lui qui assène des coups de pied à répétition. De plus il ne tombe pas immédiatement en franchissant le rebord d'une plate-forme mais marche en l'air quelques instants.

2 - Colère
Capacités Wit : son pistolet se change en lance-flammes dévastateur
Capacité Cles : son attaque devient une roulade qui fait office de dash. C'est un mouvement à la fois offensif et défensif très puissant.

3 - Tristesse
Capacités : La fréquence des attaques des deux personnages est nettement réduite. Seul avantage, il est alors plus facile de pousser les blocs de pierre.

4 - Tranquillité
Capacités : par défaut.



Ça paraît compliqué ? Pas de souci, on assimile assez vite toutes ces règles en jouant au jeu, et leur répétition à l'identique dans les cinq mondes garantit un accès en douceur. On peut ainsi se concentrer sur le renouvellement des niveaux eux-mêmes, qui introduisent progressivement de nouveaux éléments de plate-forme. La difficulté du titre est en tout cas très progressive et tout témoigne d'un vrai savoir-faire de la part des développeurs, un certain recul sur le genre probablement acquis avec l'expérience des titres précédents, Vampire Killer et Maze of Galious. On ne répètera jamais assez combien les employés de chez Konami ont su faire preuve d'intelligence sur MSX, élaborant empiriquement des tonnes de concepts qui allaient plus tard se retrouver dans leurs jeux sur d'autres supports. Usas en est un bel exemple et l'on admire le souci du détail dont il a fait l'objet : les petites animations relatives à chaque humeur, de même que la très légère altération du ton de la musique pour exprimer un changement d'humeur (la mélodie sera un peu plus enlevée si l'on est joyeux, etc.) sont autant d'éléments qui contribuent clairement au charme de cette cartouche. On apprécie également les cutscenes entre chaque monde, toujours très bien faites et amusantes.

Le jeu ne propose pas de vies et se contente d'offrir entre chaque ruine le mot de passe pour accéder directement au suivant. Si un personnage est mis KO, il est alors enlevé par les monstres et c'est à la charge de son camarade de faire le reste du boulot pour le retrouver enchaîné dans la salle du gardien de la ruine. Attention toutefois à ne pas trop miser là-dessus : le personnage ainsi libéré perd toutes ses améliorations, à charge alors au joueur de les racheter dans la ruine suivante.


En dépit de toutes ces subtilités, Usas reste un vrai jeu de plates-formes. On n'a jamais beaucoup à craindre de la perte de points de vie puisque ceux-ci peuvent être rachetés à tout moment moyennant une somme assez modique. Les ennemis restent généralement timides, la plupart se contentant de filer droit devant eux. Ce sont de menus obstacles. Non, ce qui menace, ce sont ces plates-formes mouvantes qui si fréquemment vous écrasent, ces sauts ratés au-dessus d'une mer de pics acérés, ces dégringolades qui obligent à revenir en arrière et vous ont à l'usure. Et la crainte de perdre un perso peut-être plus adapté que son ami pour les niveaux restants. Enfin si vous peinez trop, voici un petit truc : selon une pratique commune à l'époque chez l'éditeur, le fait de jouer à Usas tandis qu'un autre jeu Konami est inséré dans le port B débloque des bonus. Voici le détail :

- F1 Spirit (MSX1) : vos deux personnages ont toujours les bonus de mouvement habituellement octroyés par l'humeur joyeuse : Wit a un double-saut et Cles marche dans le vide. La difficulté en prend un coup mais pour tout dire ça m'amuse davantage comme ça.
- Nemesis II (MSX1) : la touche <F5> permet de continuer après un game over.
- Metal Gear (MSX2) : les personnages perdent deux fois moins d'énergie.
- The Maze of Galious (MSX1) : vous commencez le jeu avec 100 pièces d'or.


Pourquoi vous répéter l'évidence ? The Treasure of Usas est un joyau de la ludothèque MSX : joli, doté de musiques entraînantes, d'un level design solide et d'une maniabilité rigoureuse mais pas trop rigide, il a encore aujourd'hui tout pour plaire. N'ayez pas peur de vous lancer : le MSX est un support très bien émulé et ce, depuis très longtemps (les programmeurs russes s'étant très tôt penchés sur la question). Aujourd'hui le meilleur émulateur disponible pour PC, blueMSX, est étonnant d'ergonomie. Le jeu boote tout seul, se joue à un ou deux boutons avec n'importe quel pad et ne pique même pas les yeux. Reste un regret, évidemment : Konami semble avoir complètement oublié ses deux archéologues. Le jeu n'a jamais fait l'objet d'une suite. Il n'a même pas eu l'honneur d'intégrer les compilations Konami Antiques MSX Collection sur PlayStation et Saturn.

Ne vous en faites pas les gars. Nous on pense à vous.



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